L’acquisition spontanée de langue étrangère en situation de communication demande à l’apprenant de réaliser deux tâches en même temps. Il doit acquérir la langue au moyen de laquelle il essaie de communiquer. Et il doit communiquer en utilisant la langue qu’il essaie d’apprendre. Cette formulation semble paradoxale. Mais c’est que parler de la langue oblige à passer sous silence toutes les étapes intermédiaires du processus d’acquisition, pendant lesquelles la communication s’avère possible bien que réduite. Ces deux tâches sont étroitement liées. En général, elles s’étayent l’une l’autre. Plus on communique, plus on a accès aux données de la langue et plus on reçoit de réactions des interlocuteurs, donc plus on a de chances de progresser. Plus on progresse, plus on a de chances de réussir à communiquer. Mais la tâche communicative et la tâche d’acquisition divergent sous certains angles.

A moins de supposer une harmonie préétablie, la communication doit reposer sur un ensemble de règles stables que l’apprenant suit, comme tout locuteur et tout auditeur. En tant qu’apprenant, il ne doit pas considérer les règles qu’il suit à un moment donné comme stables. Mais être disposé à les contrôler, les modifier ou même les abandonner. Il lui faut faire avec ce qu’il a dans la communication. Mais en même temps il doit considérer ces règles comme des hypothèses préliminaires sujettes à révision. S’il les considère prématurément comme confirmées, le processus d’acquisition s’immobilise à ce niveau pour les règles en question. C’est vrai que les variétés fossilisées d’apprenants offrent quelques avantages pour la communication. Bien que leur capacité expressive soit limitée, elles sont stables et faciles à manier.

La distinction entre les tâches communicative et d’acquisition que l’apprenant doit exécuter simultanément semble une évidence. Mais elle entraîne des conséquences importantes examinées dans cet article.

Degrés de confirmation

L’acquisition ne se poursuit qu’aussi longtemps que l’apprenant considère ses règles comme des hypothèses à tester. Leur degré de confirmation subjective varie. À un moment donné, il peut considérer certaines d’entre elles comme stables. Alors qu’il sera incertain pour certaines autres. À chaque point dans le temps, l’apprenant s’est élaboré un ensemble organisé de représentations sur les régularités grammaticales et lexicales de sa tâche communicative, en notant une grammaire hypothétique. Chaque règle de cette grammaire s’associe à un indice de continuation subjectif entre 0 et 1. 0 signifiant totalement faux, à réviser et 1 entièrement correct donc stable.

Examinons maintenant la relation entre le degré de continuation et l’application des règles dans la communication. Dans les cas les plus simples, l’apprenant pourra fonder sa communication sur des règles de degré 1, mais ce n’est pas obligatoire. Selon ce qu’il veut ou doit communiquer, il doit souvent appliquer des règles dont il n’est pas sûr ou même qu’il considère fausses. Après cette première occurrence, il peut introduire la règle dans sa grammaire hypothétique, même affectée d’un indice inférieur à 1. Par ailleurs, l’apprenant doit posséder dans sa grammaire hypothétique un certain nombre de règles d’un degré de confirmation assez élevé qu’il n’utilise cependant pas dans la communication, parce qu’il n’en a pas besoin pour ses objectifs de communication ou parce qu’elles sont trop complexes.

L’apprenant peut simultanément entretenir plusieurs hypothèses concurrentes sur un certain point à un moment de l’acquisition. Dans ce cas, on ne peut pas prédire laquelle de ces hypothèses il va mobiliser dans la communication. Il peut continuer à utiliser une règle déjà douteuse pour lui plutôt qu’une autre alternative plus prometteuse parce qu’il y est habitué pour ses besoins de communication.

Caractère critique des règles de la tâche communicative

Les indices de confirmation évoluent dans le temps. Les règles sont sujettes à des degrés variables de continuation ou d’infirmation. Ceci ne veut pas dire que toutes les règles d’une grammaire hypothétique soient testées en même temps. L’apprenant, plutôt que de se battre sur tous les fronts à la fois, peut considérer certaines règles seulement comme critiques, comme objet de confirmation ou d’infirmation à un moment donné. Plusieurs facteurs peuvent être à l’origine de cette sélection. Il peut s’agir d’une hypothèse préliminaire très incertaine. La règle peut concerner un phénomène très fréquent. Elle peut avoir fait l’objet d’une correction explicite bien que les corrections explicites ne produisent pas toujours cet effet.

Indépendamment de ce qui est réellement opératoire, on pourrait dire ici que tous les éléments sont associés non seulement à un indice de confirmation. Mais aussi à un indice plus ou moins critique. Il semble plausible de considérer qu’il existe une préférence pour tester les règles faiblement confirmées plutôt que les règles qui, aux yeux de l’apprenant, sont stables. Mais il est également possible qu’une règle stable et assez fortement confirmée se trouve brusquement remise en question pour l’une des raisons mentionnées. Et qu’en conséquence l’apprenant doit chercher à la confirmer ou à l’infirmer. Ou bien encore, une règle faiblement confirmée s’avère sans importance pour les besoins de l’apprenant dans sa tâche communicative et donc faiblement prioritaire pour la tester.

Le facteur principal qui rend une règle critique est l’échec communicatif. Une règle qui mène au malentendu ou à l’absence de compréhension demande la révision; qu’elle soit confirmée ou non, à condition bien entendu que cette règle soit correctement identifiée comme étant à la source de l’échec communicatif.

En résumé

Pour résumer, certaines des règles hypothétiques d’un apprenant à un certain moment de l’acquisition sont critiques à ce moment-là. C’est-à-dire objets de confirmation ou d’infirmation. Il existe une multitude de facteurs qui contribuent à rendre une règle critique. Enfin, la relation est faible entre le fait qu’une règle soit critique et son degré de continuation. Nous mentionnons ici un point qui pourrait conduire à des malentendus. L’apprenant n’est pas forcément conscient du fait qu’une règle est critique pour lui. La plupart des étapes du traitement du langage sont subliminales. Et il n’y a aucune raison de supposer que les choses se passent différemment pour les processus de contrôle. Il en est de même pour le degré subjectif de confirmation. Le caractère sûr ou douteux des règles dépend de l’apprenant, mais celui-ci n’est pas nécessairement conscient de cette évaluation subjective lors de sa tâche communicative.

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